Foyer Père Guinard : Les employés n’en peuvent plus

MANIWAKI – Alors que les autorités du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais estiment que tout va bien dans le meilleur des mondes au Foyer Père Guinard de Maniwaki, Lise Ryan, conjointe d’un résident, nous fait part d’une situation alarmante pour les résidents de l’institution de la rue des Oblats.
«Je ne voudrais pas qu’on croit qu’on se plaint pour rien. La situation est alarmante au Foyer Père Guinard. Elle se dégrade. C’est difficile à croire mais la population doit savoir que 36 nos résidents ont été privés de services infirmiers et de soins de base le 31 mars dernier. À cause du manque de personnel, plusieurs patients sont demeurés alités pour manger leurs repas car il n’y avait pas assez de personnel pour subvenir à leurs besoins. Les soins de base, la médication et la surveillance, qui est le strict minimum, n’ont pas été offerts le 31 mars. Nous avons informé la Fédération des Infirmières du Québec et la CSN de cette situation vraiment très dangereuse pour nos résidents», précise Mme Ryan.
Cette dernière croit que la situation actuelle est incompréhensible pour les patients, leurs familles et les employés. La coordinatrice des opérations quotidiennes au Foyer Père Guinard a été «avisée de notre désespoir» mais elle n’a pu rien faire. «Et personne n’est venu nous aider. Quelque 400 personnes se sont montrées inquiètes de la situation qui prévaut actuellement au Foyer Père Guinard lors du reportage publié la semaine dernière dans La Gatineau. Nous tenions à vous exprimer nos félicitations pour votre préoccupation à bien informer notre population sur la situation particulière à laquelle sont confrontés nos résidents depuis un bon bout de temps déjà. C’est pas des farces quant on vous dit que les employés n’en peuvent plus. Nous n’acceptons pas cette situation»
Lise Ryan entend poursuivre sa démarche afin d’alerter la population sur cette situation qui n’est pas sécuritaire pour les résidents du Foyer Père Guinard. «On nous dit que ça va bien alors que c’est tout le contraire.»

Réaction de la préfète
Lise Ryan n’est pas la seule à déplorer la situation qui prévaut tant au Foyer Père Guinard à Maniwaki ainsi qu’au Foyer de Gracefield. Dans une entrevue qu’elle accordait à la journaliste Justine Mercier du quotidien Le Droit à Ottawa, en début de semaine, la préfète Chantal Lamarche n’y va pas avec le dos de la cuillère. «Pour moi et pour mes collègues du conseil des maires, le CISSSO a tout détruit dans la Vallée-de-la-Gatineau. Jean Hébert (directeur général du CISSSO), se fout complètement de ce qu’on lui demande, il nie tout et il nous rit dans la face. J’ai constaté moi-même une dégradation des services en visitant mon père au Foyer de Gracefield. Je dénonce également la présence de beaucoup d’employés d’agences privées sur le territoire de la MRC.»
Elle a rappelé que la MRC avait adopté, unanimement, il y a deux semaines, deux résolutions pour tenter de faire bouger les choses. La première stipule que la MRC réitère à nouveau ses préoccupations quant aux services de proximité offerts par le CISSSO en région et demande à la direction de cet établissement de rapidement mettre en place des mesures afin de protéger, maintenir et rétablir les services offerts en territoire val-gatinois.
L’autre résolution va plus loin, en demandant que le budget alloué à la région de l’Outaouais puisse être révisé à la hausse. La résolution a été transmise à MM. Couillard, Barrette et Mme Vallée de même qu’au grand patron du CISSSO. Des copies des résolutions ont été envoyées aux autres MRC du territoire et à la Ville de Gatineau dans le but d’obtenir leur appui.

La bouffe au Foyer Père Guinard
«Des repas sur mesure pour recouvrer la santé» – Julie Whissell

MANIWAKI – Julie Whissell est directrice-adjointe des Services techniques et logistiques au Centre intégré de santé et des services sociaux de l’Outaouais (CISSSO). Elle estime que le Foyer Père Guinard fait bande à part quant à la révision de l’offre alimentaire alors que des lettres de remerciement lui sont parvenues à la suite de dégustations qui ont été organisées un peu partout en Outaouais auprès de la clientèle du réseau.
«Nous sommes surpris par la réaction de la clientèle au Foyer Père Guinard. Nous tenons à nous assurer que les repas que nous servons à nos résidents soient des repas protéinés pour retrouver la santé. Je vous invite même à une dégustation, monsieur le journaliste.»
Mme Whissell ajoute qu’il faut voir aux quantités de sel et de sucre et «d’avoir une certaine qualité pour assurer une certaine sécurité à nos résidents. Le plaisir de manger, de goûter, de sentir et de voir nos mets mous et en purée. Nous préparons des purées moulées et nous invitons nos résidents à s’adapter.»

Un sondage
Cette refonte de l’offre alimentaire a fait l’objet d’un sondage régional auprès des résidents des établissements de l’Outaouais. Celles et ceux qui n’étaient pas aptes à y participer étaient représentés par les membres de leurs familles. On leur a demandé quels sont les mets qui devraient être inscrits au menu quotidien dans le respect des balises nutritionnelles. Les mets qui n’ont pas été retenus ont été remplacés par ceux qui ont été priorisés par la clientèle à la suite de ce sondage.
«Ainsi, nous avons deux choix de menus à chaque repas. Et si ces menus ne conviennent pas, on va travailler avec les résidents ou leurs proches pour trouver une alternative pour qu’ils mangent bien et soient satisfaits de l’offre qu’on leur suggère.»

Du poisson…en purée !
Mme Whissell rappelle que la présentation de poisson en purée n’est pas nouveau dans les établissements de la région. C’était au menu avant et ça existe depuis longtemps. «Au Foyer Père Guinard, deux familles, tout particulièrement, n’aiment pas le nouveau menu qu’on leur présente. Ça va me faire plaisir de rencontrer les gens de Maniwaki, tout comme en juin dernier afin de les introduire aux nouveaux menus. Il est bien évident que nous n’avons pas le même son de cloche ailleurs qu’à Maniwaki. Et afin de faciliter leur distribution, nous avons commandé des charriots qui maintiendront la chaleur des mets. Mais il faut compter de 12 à 15 semaines de fabrication. Ces charriots sont manufacturés sur commande. Je vous réitère mon invitation à une dégustation monsieur le journaliste».
Quant au manque de personnel, Geneviève Côté, relationniste du CISSSO, nous a indiqué lors d’un entretien téléphonique dans la matinée de mardi, que le ratio était respecté à Maniwaki tout autant que dans les autres établissements de la région de l’Outaouais.