Fred Pellerin est l’ambassadeur tout désigné de cette mobilisation sur le thème Tous ruraux (crédit photo : Marie-Reine Mattera).

Fred Pellerin ambassadeur de Tous ruraux : Vaste mobilisation pour la ruralité

La vaste mobilisation québécoise pour la ruralité, Tous ruraux, a été lancée par la coalition Solidarité rurale du Québec ainsi que des partenaires.

LA GATINEAU – Tous ruraux. C’est le thème de la vaste mobilisation québécoise pour la ruralité, lancée il y a quelques jours et initiée par la coalition Solidarité rurale du Québec ainsi que des partenaires. Cette mobilisation, qui a pour ambassadeur le célèbre conteur Fred Pellerin, vise à réaffirmer l’importance d’une ruralité forte au Québec.
Comme l’explique Marcel Groleau, président de Solidarité rurale du Québec ainsi que de l’Union des producteurs agricoles, «Solidarité rurale du Québec existe depuis 1992. C’est une coalition qui regroupe les principaux partenaires de la ruralité. Cette année, on a décidé de lancer ce mouvement Tous ruraux, qui vise à rétablir les ponts entre urbains et ruraux afin que les Québécois prennent conscience de leur complémentarité et de leur interdépendance. Trop souvent, villes et régions ont été mises en opposition. Il est temps de considérer notre territoire comme un tout qui a besoin qu’urbains et ruraux s’y intéressent. Si on veut maintenir une ruralité vivante, intéressante, continuer de la développer, ça nous concerne tous les Québécois, qu’on soit ruraux ou urbains».
Qui de mieux que Fred Pellerin pour porter l’étendard de cette mobilisation, lui qui est très impliqué pour promouvoir la ruralité et qui habite encore aujourd’hui dans son village de Saint-Élie-de-Caxton. «J’ai déjà pris position sur la ruralité au Québec, commente ce dernier. Sur une ruralité qui n’est pas nécessairement juste celle de l’agriculture mais qui est une ruralité vivante, allumée, culturellement partante. J’avais déjà ça qui animait mes réflexions, donc quand l’invitation de Solidarité rurale est venue, ça a été un oui automatique.»
Pour Fred Pellerin, il est important de comprendre que «la ruralité, ce n’est pas une ligne tracée à la frontière des villes. La ruralité est partout : dans notre assiette, l’énergie qui court nos fils, le tissu qu’on porte, les rêves qu’on chérit. Souvent quand on définit la ruralité, on va y aller rapidement dans l’opposition avec l’urbanité. Mais dans notre réflexion, on s’est rendu compte que finalement il y a une interdépendance très forte entre la ruralité et l’urbanité. L’urbanité ne peut pas exister sans la ruralité mais l’inverse est vrai aussi. On se dit que pour donner de la force aux régions, il faut amener les gens de la ville à prendre conscience qu’ils ont besoin de la ruralité. Sans elle et ses ressources, demain matin ils ne mangent plus, ne s’habillent plus, ne se construisent plus. Donc on veut remettre la ruralité à sa place et faire valoir l’importance qu’elle a».
Lui qui est amené à faire le tour du Québec, Fred Pellerin a constaté que des régions rurales sont dévitalisées, privées de services, ce qui entraîne un dépeuplement.
«Les lignes d’autobus entre Rimouski et Gaspé sont fermées, commente-t-il. Il y a des personnes pour qui l’argument du signe de la piasse fait la loi. Mais si on réduit tout au signe de piasse, on ferme les régions. Il y a un choix social à faire, qui est celui de maintenir nos régions vivantes, allumées, jeunes, dynamiques, ouvertes aux projets, aux innovations. C’est un coût qu’on devrait percevoir comme un investissement. Il y des modèles de villages incroyables qui ont été pris à bras le corps par une population qui est dynamique. C’est encore possible de prendre un village et de le lever debout. Il y a plein de gens qui ont la volonté de partir des projets, mais ça prend un soutien et des outils pour le faire.»

Vers une politique rurale renouvelée
La mobilisation Tous ruraux culminera lors d’un grand rassemblement le 23 mai prochain à Québec qui réunira des acteurs de tous les milieux et des quatre coins de la province. Ceux-ci réfléchiront aux enjeux du monde rural et aux pistes de solution à y apporter. Le portrait de la ruralité québécoise y sera d’ailleurs dévoilé. De cette rencontre émanera une proposition pour une ruralité renouvelée qui sera soumise aux Québécois, afin de recréer un véritable contrat social entre ruraux et urbains.
«Tous ruraux, ce n’est pas simplement une campagne de sensibilisation, explique Marcel Groleau. C’est aussi la publication d’une recherche qui aborde cinq volets : la démographie, l’économie, les services, l’interdépendance ruraux et urbains, le milieu de vie. On a commencé à dévoiler des résultats de cette étude, qui sera présentée le 23 mai. Il y aura aussi cette journée-là le dépôt d’une proposition aux Québécois en faveur de leur ruralité. On souhaite la présence de toutes les régions du Québec. On va commencer une démarche auprès des municipalités et des MRC pour les faire participer. On veut marquer un temps d’arrêt pour réfléchir à l’avenir de la ruralité.»
Les citoyens sont également invités à joindre le mouvement, en visitant le tousruraux.quebec sur lequel ils peuvent proposer leurs idées pour une ruralité forte et vivante et participer au quiz ludique «On a tous une part de ruralité, quelle est la vôtre?». Le public est également invité à participer à la conversation en partageant le mot-clic #Tousruraux sur les médias sociaux.

Dévoilement de données sur l’évolution de la ruralité québécoise

LA GATINEAU – Afin d’appuyer l’importance d’une telle démarche, de nouvelles données sur l’évolution de la ruralité ont été dévoilées lors du lancement de Tous ruraux, démontrant que le milieu rural se porte mieux qu’il y a 25 ans, mais que l’économie reste précaire, que les régions éloignées se vident et que l’accès aux services demeure inégal. Les premiers éléments tirés d’un nouveau portrait de l’évolution de la ruralité québécoise, réalisé par la firme Coop Carbone, mettent en lumière certains des grands enjeux du monde rural et les nombreux défis qui en découlent dans les secteurs économique, démographique et des services publics. Pour Solidarité rurale du Québec, l’identification de ces enjeux doit mener au maintien et, à plusieurs égards, au développement d’une qualité de vie et de services nécessaires à l’émancipation des générations futures en milieu rural. Cette nécessité est un défi non seulement québécois, mais mondial.

Démographie
Les Québécois ont un engouement clair pour la ruralité. Ils sont nombreux à opter pour un milieu de vie rural à proximité des grands centres. Malgré cet intérêt marqué pour la ruralité, les régions éloignées du Québec subissent une décroissance de leur population.
Depuis 1981, la population du monde rural a augmenté de près de 18 %, contre 30 % pour celle du milieu urbain. Dans l’ensemble, le poids démographique des milieux ruraux a diminué de 2 %.
Les régions éloignées du Québec ont vu une décroissance d’environ 7 % de leur population alors que les municipalités rurales des centres urbains ont connu une forte croissance de 107 %.
Les personnes âgées de 45 à 64 ans représentent près de la moitié (49 %) de la population en âge de travailler des milieux ruraux.

Services publics
Si l’accessibilité aux réseaux de communication dans les milieux ruraux s’est améliorée depuis 2012, plusieurs ménages et entreprises doivent toujours composer avec un accès déficient à Internet et à la téléphonie cellulaire. Par ailleurs, la situation est préoccupante pour les réseaux de transport en commun, dont les services demeurent insuffisants.
En 2016, 84 % des ménages québécois habitant hors des grands centres urbains étaient branchés à Internet contre 90,2 % pour celle des grands centres. En 2017, plus de 300 000 ménages en milieux ruraux n’avaient pas accès à Internet haute vitesse ou disposaient d’une connexion de mauvaise qualité.
En 2015, une coupure dans les trajets d’Orléans Express a affecté six régions du Québec, notamment dans la Chaudière-Appalaches, le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie, la Montérégie, le Centre-du-Québec et la Mauricie. La perte de services s’est élevée à 65 % entre Rimouski et Gaspé.

Économie
L’économie se porte bien pour les milieux ruraux à proximité des grands centres urbains : le taux de chômage est bas et le taux d’emploi est élevé. Cependant, les milieux ruraux éloignés sont confrontés à une situation plus difficile au niveau de l’emploi. Par ailleurs, près de la moitié de la population en âge de travailler y est considérée comme préretraitée, ce qui peut présager une importante pénurie de main-d’œuvre à venir.
En 2016, le taux d’emploi en milieu rural (57,5 %) était inférieur à celui observé en milieu urbain (60,2 %). L’écart entre les deux types de territoire a toutefois diminué depuis 1991, grâce à une hausse plus importante du taux d’emploi en milieu rural.
Toutefois, le taux d’emploi varie énormément d’un milieu rural à l’autre, allant de 50,9 % dans les milieux ruraux éloignés à 67,9 % dans les milieux ruraux à proximité des grandes villes de la province. En 2016, le taux de chômage en milieu rural (7,5 %) était plus élevé qu’en milieu urbain (7,1%). L’écart entre les deux types de territoire a toutefois diminué depuis 1991.
Tout comme le taux d’emploi, le taux de chômage varie énormément entre les milieux ruraux, avec11,4 % dans les milieux ruraux éloignés contre 4,9 % dans les milieux ruraux à proximité des grandes villes de la province.

Liens entre ruraux et urbains
L’interdépendance entre ruraux et urbains est indéniable, notamment pour le secteur agroalimentaire et la production d’énergie électrique, qui représentent un poids névralgique de l’économie québécoise.
La majorité des emplois (61%) et des recettes (56 %) du secteur agricole se retrouvent en régions principalement rurales, alors que ce sont les régions montréalaises (66 %) qui génèrent le plus de recettes et d’emplois dans la transformation agroalimentaire.
Un des secteurs où cette relation interdépendante est la plus évidente est celui de la production laitière et des produits laitiers. 74 % de la production de lait provient hors des centres urbains alors que 51 % du lait transformé provient des régions montréalaises.
Avec 57 % de l’énergie consommée, l’électricité est la source énergétique la plus importante au Québec. 88 % de la production d’énergie électrique se réalise dans les régions ressources, avec la Côte-Nord et le Saguenay-Lac-Saint-Jean comme les plus grands producteurs d’énergie de la province, alors que les centres urbains sont responsables de 61,1 % de la consommation électrique.

Milieu de vie
Si les ruraux ont un meilleur accès à un médecin de famille que les urbains, ils sont plus nombreux à habiter dans un désert alimentaire et à être éloignés des services de santé. Si moins de 69 % de la population du Grand Montréal a accès à un médecin de famille, cette proportion est près de 82 % en moyenne à l’extérieur de ce secteur. Néanmoins, on observe que les ruraux doivent parcourir de plus grande distance pour accéder à des services médicaux et sont plus nombreux à habiter un désert alimentaire.