Draveur de la CIP Inc. dégageant des billots en amont du pont dans la municipalité de Grand-Remous. Source : M.Éloi St-Amour. Collection : Centre d’interprétation.

Statut de héros nationaux pour les draveurs et cageux : Demande à l’Assemblée nationale

 

Tous les cours d’eau étaient mis à profit afin d’acheminer la ressource vers les usines que possédait la CIP Inc. Un dur travail pour ces valeureux draveurs. Source : M. Vital Riel. Collection : Centre d’interprétation.

LA GATINEAU – Prochainement, une demande sera adressée à l’Assemblée nationale du Québec pour que les draveurs et cageux soient élevés au rang de héros nationaux. Il s’agirait d’une belle reconnaissance pour ces grands travailleurs qui occupent une place majeure dans l’histoire québécoise.
C’est l’organisme A.B.C. Stratégies qui est à l’origine de cette initiative. Afin que le projet se concrétise, il s’est associé à la Fédération histoire Québec. «Grâce à la Loi sur le patrimoine, on a reconnu la rivière de l’Outaouais comme étant un lieu historique, explique Isabelle Regout, membre de l’équipe de A.B.C. Stratégies. Ça a été la deuxième désignation en vertu de cette loi, après le fleuve St-Laurent. Donc nous arrivons avec l’idée de présenter deux demandes pour ces deux figures emblématiques, les cageux et les draveurs, ainsi qu’une troisième demande pour un événement historique autour de Columbo. Donc on déposera trois demandes, qui seront traitées les unes avec les autres. A.B.C. Stratégies a fait la rédaction des demandes. Elles ont été envoyées à la Fédération histoire Québec qui doit en faire la relecture et les corriger. Une fois que ça sera fait, on va les soumettre. On compte le faire pour Pâques puis le dossier sera traité cette année. En parallèle, on a fait un travail auprès de la députation de la région. On trouvait ça important de faire une démarche préalable pour les sensibiliser à l’importance des draveurs du Québec et des cageux de l’Outaouais. On fait ces démarches dans une idée pédagogique, pour pérenniser la mémoire de ces ancêtres.»

M. Vital Riel, un des valeureux draveurs de la CIP Inc. pose ici devant un embâcle sur la rivière Maligne (Maline). Source : M. Vital Riel. Collection : Centre d’Interprétation.

Alexandre Pampalon est directeur de A.B.C Stratégies. Pour lui, il est essentiel «d’honorer ce métier, ces gens qui avaient beaucoup de détermination, audacieux, courageux. On a reçu l’appui du député Marc Carrière, du député-ministre André Fortin, ainsi que du président de la Fédération histoire Québec, Richard Bégin».
À Maniwaki, le Centre d’interprétation de la protection de la forêt contre le feu travaille aussi à mettre en valeur les draveurs, à travers notamment ses expositions et son travail de traitement des archives en lien avec la thématique de la drave. Pour son directeur, François Ledoux, une reconnaissance du statut de héros nationaux est une très bonne idée : «On travaille depuis longtemps à préserver le patrimoine forestier de la région, à en parler et à organiser des soirées reconnaissance pour les draveurs. On est d’accord avec la démarche. Mais il ne faut pas que ça soit juste pour les draveurs et les cageux de l’Outaouais, il faut que ça soit pour tous ceux du Québec.»

Draveurs et cageux
Comme l’explique Isabelle Regout, «le métier de draveur a un peu estompé dans la mémoire des gens ce qu’étaient les cageux». Depuis un mois, A.B.C. Stratégies travaille avec l’Office québécois de la langue française pour mettre le mot cageux dans le dictionnaire, afin de les distinguer des draveurs.
«Les cageux ont été là avant les draveurs, explique Alexandre Pampalon. Ils faisaient flotter et rassemblaient les billots de bois pour en faire des radeaux, des cages, pour en faire des trains de bois qui regroupaient 50 à 22 cages et qui descendaient de Gatineau pour aller jusqu’à Québec pour alimenter l’Angleterre en bois.» Ces cages de bois flottantes, qui pouvaient faire 1,6 kilomètre de long et 60 mètres de large, réunissaient des milliers de billots de bois.
Le métier de draveur a disparu il y a 25 ans, celui de cageux il y a 100 ans. Les deux ont eu un impact important sur le développement du Québec à plusieurs niveaux.

Un peu d’histoire
Philemon Wright a été le premier à expédier, le 11 juin 1806, un train de bois équarri dénommé Columbo. Depuis l’embouchure de la rivière Gatineau, le premier train de bois a pris la direction de Montréal en suivant le cours de la rivière des Outaouais. À l’époque, les draveurs mettront 35 jours en passant par le lac des Deux Montagnes pour rejoindre le fleuve St-Laurent et atteindre Québec. La navigation s’est avérée périlleuse aux rapides du «Long Sault » qui, à l’époque, représentaient une dénivellation de plus de 14 mètres coupant alors la rivière sur près de 10 kilomètres de long. Plus tard, grâce à l’aménagement de canaux de détournement, on ne mettra que 24 heures pour faire le trajet. Suivront ensuite plusieurs milliers de «trains de drave» sur la rivière des Outaouais, la plus longue rivière du Québec (1 271 km).
L’industrie forestière a considérablement marqué la Vallée-de-la-Gatineau et plus largement la région de l’Outaouais. Sous l’impulsion de l’entrepreneur Philemon Wright, l’exploitation forestière des terres du Pays de la Gatineau commence au début du 19e siècle avec l’établissement des premiers camps de bûcherons. Plus tard, ces chantiers serviront à alimenter les usines de transformation du bois situées plus au sud, au confluent de la rivière Gatineau et de la rivière des Outaouais.
Pendant 150 ans, la drave restera le moyen de transport privilégié pour acheminer le bois de la vallée. Aujourd’hui encore, on loue la bravoure et l’agilité des hommes qui se tenaient debout sur les billes de bois et mesuraient le danger à chaque pas, tels des équilibristes.
Photos fournies par le Centre d’interprétation de la protection de la forêt contre le feu.

Travailler sans relâche était une des devises des draveurs, surtout quand on fait face à un tel embâcle. Source : M. Maurice Mantha. Photographe : Stephen Homer. Collection : Centre d’interprétation.