Meurtres de Tina Fontaine et de Colten Bouchie : Les chefs algonquins dénoncent l’absence de juré autochtone

KITIGAN ZIBI ANISHINABEG – Les chefs de la Nation algonquine joignent leurs voix à celles de la famille de Tina Fontaine assassinée en 2014 pour dénoncer les failles des services sociaux qui n’ont pu apporter aide et secours à cette jeune fille de 15 ans et dénoncent le fait qu’encore une fois, le jury qui a jugé Raymond Cormier accusé du meurtre de cette jeune fille ait été composé uniquement de non-autochtones.
Le cas de Tina Fontaine, placée sous la protection des services à l’enfance et qui s’était pourtant retrouvée à la rue juste avant d’être assassinée, avait fait grand bruit et avait initié le mouvement pour la tenue d’une enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées.
«Chaque fois qu’un jury rendra une décision dans une cause impliquant un membre des Premières nations sans qu’au moins un juré ne soit d’origine autochtone, il y aura un doute», a dit la Grand chef du Conseil tribal de la nation algonquine anishinabeg, Verna Polson, en apprenant la décision. Comme elle l’avait fait avec les autres chefs du Conseil une semaine plus tôt dans le cas de la cause de Gerald Stanley innocenté du meurtre de Colten Boushie, 18 ans, la Grand chef a appelé le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux à apporter les modifications nécessaires qui entourent le choix des jurés pour s’assurer qu’il ne soit plus possible de récuser un candidat sur la seule base du fait qu’il soit un autochtone. «Ce genre de mesure doit faire partie du processus de réconciliation», a-t-elle dit.
Elle dénonce également le manque total de professionnalisme des services sociaux qui devaient s’occuper de la jeune fille, mais qui l’ont plutôt abandonnée à son sort, tout comme le service de police qui n’a pas cru bon de les prévenir lorsqu’elle s’est retrouvée entre leurs mains.
Mme Polson joint sa voix à celle des chefs autochtones de l’Ouest canadien qui, à la suite de l’acquittement de Cormier, exigent que tout soit fait pour retrouver le coupable et le mettre derrière les barreaux.
Meurtre de Colten Bouchie
Dernièrement, les chefs du Conseil tribal de la nation algonquine anishinabeg ont adressé une lettre au Premier ministre Justin Trudeau dans laquelle ils réagissent également à la cause Gerald Stanley innocenté du meurtre d’un jeune autochtone, Colten Bouchie. La lettre est signée par Verna Polson, Grand chef CTNAA ; Jean-Guy Whiteduck, Chef de Kitigan Zibi ; Adrienne Jérôme, Chef de Lac Simon ; David Kistabish, Chef de Pikogan ; Régis Penosway, Chef de Kitcisakik ; Steeve Mathias, Chef de Long Point ; Lance Haymond, Chef de Kebaowek.
Un tribunal de Saskatchewan a acquitté un fermier du meurtre au second degré de Colten Boushie. Les chefs du Conseil tribal tiennent «à dénoncer le semblant de justice qui s’est déroulé dans cette cour. Ce que nous savons aussi, c’est qu’en dépit du fait que plus de 150 000 personnes autochtones habitent le Saskatchewan – représentant 16% de la population totale de cette province – le fermier accusé de meurtre a été jugé devant un jury composé exclusivement de personnes de race blanche. Dès lors, nous savions que la balance de la justice pencherait du mauvais côté, le verdict nous a malheureusement donné raison».