Altercation au Palais de justice : Deux personnes gravement blessées

MANIWAKI – Les policiers de la Sûreté du Québec du poste de la MRC Vallée-de-la-Gatineau sont intervenus au palais de justice de Maniwaki mercredi 31 janvier après-midi suite à une violente altercation entre un constable spécial et un prévenu. Ce dernier, un jeune homme de 18 ans, a reçu une balle à la tête. Les deux personnes ont été transportées au centre hospitalier pour y soigner des blessures sérieuses.

L’enquête a été confiée au Bureau des enquêtes indépendantes du Québec. Celui-ci a émis un communiqué qui dit que «les renseignements préliminaires communiqués au BEI suggèrent ce qui suit : vers 13h, une altercation serait survenue entre un constable spécial et un homme. L’homme aurait réussi à s’emparer du bâton télescopique du constable spécial et lui en aurait asséné un coup sur la tête. Le constable spécial aurait alors saisi son arme à feu et aurait atteint le civil d’au moins une balle à la tête. Le constable spécial et le civil auraient été transportés à l’hôpital.  On ne connait pas pour l’instant l’état de santé du civil ni du constable spécial».

Comme il s’agit d’une scène de crime, le palais de justice de Maniwaki a dû mettre fin à ses activités pour la journée et un périmètre de sécurité a été érigé autour du bâtiment. Huit enquêteurs du BEI ont été chargés d’enquêter. Conformément au Règlement sur le déroulement des enquêtes du Bureau des enquêtes indépendantes, le BEI a fait appel au Service de police de la Ville de Montréal pour agir comme corps de police de soutien dans cette enquête. Le SPVM fournira deux techniciens en identité judiciaire qui travailleront sous la supervision des enquêteurs du BEI. Le BEI demande à quiconque aurait été témoin de cet événement de communiquer avec lui via son site web au www.bei.gouv.qc.ca

Une vidéo diffusée sur Facebook est devenue virale, alors qu’elle a été largement vue et partagée par des milliers de personnes. Elle montre l’altercation, filmée par un témoin depuis la salle d’attente du palais de justice. On y voit le constable spécial tenter de maîtriser le jeune homme. Alors que l’agent essaye de l’immobiliser, le prévenu refuse d’obtempérer aux ordres. Le constable spécial demande ensuite l’aide de ses collègues agents de sécurité et de faire appel aux policiers. L’altercation se déplace à l’intérieur d’une autre salle, hors du champ de la caméra. Après quelques minutes, on entend le bruit d’une détonation, suivi des cris des témoins parmi lesquels se trouve la mère du jeune homme.

Selon l’auteur de la vidéo, le conflit aurait commencé après que le prévenu ait demandé à aller fumer une cigarette à l’extérieur du palais de justice. Sur Facebook, la mère du jeune homme ayant été atteint par balle a écrit que son fils venait d’écoper d’une peine de six mois d’emprisonnement.

Selon les proches de ce dernier, il devrait s’en sortir car la balle serait rentrée par la narine pour se loger dans son cou, ne causant aucun dommage au cerveau. Le constable spécial a été blessé à la tête et a reçu des points de suture, a précisé le président du Syndicat des constables spéciaux du gouvernement du Québec (SCSGQ), Franck Perales. Le BEI a émis un communiqué disant que «l’homme qui a été blessé par balle lors de l’événement survenu à Maniwaki est toujours hospitalisé, mais maintenant considéré hors de danger. Le constable spécial a, quant à lui, reçu son congé de l’hôpital».

Ce événement n’est pas sans rappeler l’histoire de Brandon Maurice, un adolescent de 17 ans mort après avoir été intercepté lors d’une poursuite policière. Cela ravive le débat, certaines personnes dénonçant un usage excessif de la force. Pourquoi les agents de sécurité qui étaient présents ne semblent pas venir en aide au constable sur la vidéo ? Pourquoi ne pas avoir tiré ailleurs que dans la tête ? Pourquoi ne pas avoir utilisé un Taser ou du poivre de Cayenne ? Autant de questions entendues dans la communauté depuis les évènements.

De son côté, le Syndicat des constables spéciaux du gouvernement du Québec dénonce le manque d’effectifs, surtout dans les petits palais de justice en région. Le constable qui a fait feu était le seul en poste au palais de justice de Maniwaki. Il était accompagné d’agents de sécurité qui ne détiennent pas la même formation pour intervenir dans de telles situations.

Afin de respecter la Loi sur les jeunes contrevenants, nous ne publions pas le nom du jeune homme de 18 ans. Même s’il était majeur au moment des événements qui se sont déroulés la semaine dernière, il était présent au palais de justice afin de comparaître dans un dossier relié à la Chambre de la jeunesse.

Un mineur arrêté pour intimidation

Le 1er février en journée, les policiers de la Sûreté du Québec ont procédé à l’arrestation d’un homme d’âge mineur (qui ne peut donc être identifié) à Maniwaki relativement à des propos tenus sur un média social. Il aurait publié sur Facebook un message où il demandait de l’aide afin de trouver le nom du constable «pour qu’il se fasse tirer, lui aussi». Message qui a par la suite été retiré.

Le dossier a été transmis à des procureurs de la Couronne «neutres» au palais de justice de Saint-Jérôme. Ces derniers ont conclu que les éléments constitutifs du dossier étaient trop faibles pour que le jeune suspect soit accusé de menaces de mort, mais suffisants pour qu’il soit accusé d’intimidation d’une personne associée au système judiciaire.

Il a été arrêté pour intimidation du système de justice et a été rencontré par les enquêteurs pour ensuite être libéré par promesse de comparaître. Il comparaîtra le 25 avril au palais de justice.

Renforcement de la sécurité dans les palais de justice

Suite au drame survenu la semaine dernière au palais de justice de Maniwaki, le gouvernement du Québec exigera dorénavant au moins deux constables spéciaux en tout temps dans tous les palais de justice du Québec. Certains palais de justice plus petits, comme celui de Maniwaki, n’avaient régulièrement qu’un seul constable spécial en fonction. Le gouvernement demande un peu de temps au Syndicat des constables spéciaux du gouvernement du Québec (SCSGQ) pour mettre en place cette directive afin d’embaucher du nouveau personnel.

Par ailleurs, la sécurité a été renforcée lundi au palais de justice de Maniwaki pour la journée d’audiences la plus occupée du mois de février. En plus de deux constables spéciaux, deux policiers de la Sûreté du Québec étaient présents dans les salles de cour.

À noter que le SCSGQ a entamé lundi des procédures en Cour supérieure, à Québec, sur ce qu’il considère comme étant l’échec de la province à assurer la sécurité de ses employés et du public dans les palais de justice, à cause de considérations budgétaires, notamment en ayant recours à des agents de sécurité d’entreprises privées jugés sous-qualifiés. Il cite en exemple des incidents survenus dans plusieurs palais de justice. Ces démarches ont été lancées bien avant l’événement de la semaine dernière à Maniwaki. Une mise en demeure avait été adressée au ministère de la Sécurité publique en 2015, dans laquelle le syndicat aurait demandé au gouvernement de «respecter les obligations légales du ministère prévues dans la Loi sur le tribunaux judiciaires» mais le ministère aurait refusé d’y donner suite.