Un chalet au cachet particulier : Le refuge du hippie du lac Roddick

Le cendrier-fumoir qu’il a inventé «pour éviter de mettre le feu quand je dors.»

SAINTE-THÉRÈSE-DE-LA-GATINEAU – Pas de plan écrit. Il était gravé dans sa tête. Quand il a vu le rocher, il l’a intégré à la charpente de son chalet érigé tout près de la chute du Vieux Moulin du lac des Pères qui coule sans s’arrêter. Voici l’histoire d’un marginal, d’un artiste autodidacte sédentaire étonnant. Rencontre avec Gaston Hamel, le hippie du lac Roddick.

«Ici, mon ami Jean, t’es rendu au pays de Fred Caillou. J’ai travaillé la roche toute ma vie. Je m’en suis servi pour mon chalet de même que pour mon escalier qui descend vers le lac. Mon chalet est très spécial. Je l’ai construit en y intégrant un mur de roche. Vingt-huit pieds de hauteur sur 34 pieds de largeur. On m’avait dit de me méfier. Qu’un de ces jours, le rocher allait se désintégrer, que c’était dangereux. J’ai amené ma roulotte et l’ai stationnée le long du rocher pendant 8 ans. Je me suis dit s’il y a une roche qui tombe, chus mort. Ça jamais arrivé. Je l’habite depuis 2007 et j’ai pas eu de problèmes.»

Le sédentaire
On voit bien une partie du rocher qui a été intégré à la construction du chalet.

Gaston Hamel habite un petit paradis comme il le décrit lui-même. Son père a été le premier arrivé dans le secteur. Il s’était construit un chalet au centre du lac. Il avait payé 100 $ pour son terrain à l’époque. Aujourd’hui, le prix de vente des terrains oscille entre 60 000 $ et 100 000 $ chacun.

«Je venais dans le secteur en chaloupe quand j’étais tout jeune. Je regardais cet emplacement en me disant que je serais bien heureux de m’y établir quand je serai plus vieux. C’était mon rêve. Il s’est réalisé finalement. En 1990, j’ai obtenu un job de dessinateur à la CIP à Maniwaki. On m’avait mandaté de surveiller les terrains qui appartenaient à la CIP sur le territoire afin que la compagnie puisse en évaluer les taxes. En parcourant les cartes, j’ai bien vu mon petit paradis du lac Roddick. Cette même année, la CIP annonce qu’elle veut se départir de nombreux terrains dans le secteur. J’ai tout de suite présenté une offre pour l’achat d’une centaine de terrains le long du lac Roddick. Imaginez-vous donc que mon offre a été considérée. J’ai obtenu ces terrains pour pas cher, quand je dis pas cher, c’est pas cher. Je venais de réaliser mon rêve.»

En voici une qui n’est pas encore terminée.
Égoïne et scie mécanique

Dès 2004, il amorce la construction de son chalet avec l’aide de sa conjointe, Élisabeth Hébert, et son fils, Christopher, en y intégrant son fameux rocher. Ses amis viennent l’aider à fixer les poutres et il continue seul par la suite. Il complète la construction de son chalet en 2007.

«J’ai mis mon âme et mes trippes dans ce chalet. C’est ma vie.» Il vit à son chalet à temps plein depuis deux ans avec son caniche royal Ginger et son quat’roues. «J’ai conservé une dizaine d’acres de terrain. J’en ai vendues plusieurs. Je me sens bien ici. Je suis chez moi. Au pays de la roche !»

Un sculpteur dans l’âme

Gaston Hamel a dessiné toute sa vie. Il se souvient que ses professeurs, du temps de son école primaire, estimaient qu’il calquait ses dessins, mais ce n’était pas le cas. «J’avais un talent inné. Si j’étais né à Québec, probablement que je me serais inscrit aux Beaux-Arts. Mais, ici, dans ma région, mes professeurs croyaient que je copiais pour avoir de bonnes notes. Ils n’ont jamais cherché à m’encourager et à croire en moi. Ça fait que je me suis fait artiste moi-même.»

Ses sculptures sont étonnantes, tellement qu’il a beaucoup de difficultés à les vendre. Il a exposé ses produits mais les gens lui offrent des prix dérisoires. «Mais j’ai un truc qui devrait fonctionner. Lors de mes prochaines expositions, au lieu d’apposer un prix à chacune de mes œuvres, je vais y préciser le nombre d’heures de travail requis pour la création. Si le prix qu’on me fait est correct, pas de problème, je vais vendre. Mais si le prix de ne fait pas mon affaire, je ne vais pas vendre. Je ne donnerai pas mon produit. 40 heures de travail à 3 $ l’heure, c’est nettement insuffisant.»

On voit bien le mariage de la pierre et du bois.
Les rassemblements familiaux

Habituellement, les parties de Noël de la famille avaient lieu au chalet. Depuis 2007, c’est plus difficile. «En 2007, le 24 décembre, nous étions tous au chalet quand le téléphone sonne. On nous apprend que notre fille Josée, qui devait nous retrouver au chalet, s’est tuée dans un accident d’automobile avec ses trois enfants à bord qui ont heureusement été épargnés. Disons que le 24 décembre, on a de la misère et on va fêter ailleurs. On n’oublie pas un tel malheur. Ça fait encore très mal. T’es pas supposé, en tant que parents, de survivre à tes enfants. Le mal est là, il est toujours là. Ça revient en flash tous les jours.»

Le chalet est devenu le havre de paix de Gaston Hamel qui profite de toutes les saisons. Il continue de créer ses sculptures qui sont splendides. «Je suis heureux au pays de la roche. Tu peux revenir quand tu voudras, Petit Jean !»

Plusieurs sculptures ornent l’intérieur du chalet.